S.O.S Méditerranée


Humeur / vendredi, juillet 13th, 2018

La méditerranée se meurt. Doucement mais surement. Nous en sommes tous témoins. A l’heure où des associations de protection de la nature et des politiques se mobilisent, quelles sont les réelles chances de voir se concrétiser cette soudaine prise de conscience? Chronique d’un sauvetage bien tardif.


« Dans tous les coins on se croirait au Paradis/ Près d’une mer toujours plus bleue, toujours plus belle ….Méditerranée, c’est une fée qui t’a donné » chantait Tino Rossi, célèbre chanteur Corse dans l’opérette homonyme des années 50. Qu’il est loin le temps où la Méditerranée pouvait s’enorgueillir d’être célébrée. Une époque bien révolu car le temps presse. Cette mer, autrefois source inépuisable de richesses, s’épuise, étouffée par une overdose de sacs plastiques.

« La mer Méditerranée est la mer la plus polluée au monde »

La mer Méditerranée est la plus grande mer intérieure du monde avec une surface de 2,5 millions de km2. Joyau de la biodiversité marine, elle est gravement menacée par la pollution en provenance des terres qui l’entourent.

Des milliers de tonnes de déchets toxiques y sont rejetés directement en mer par l’industrie. Le transport maritime, la pollution urbaine et agricole et les effets du tourisme constituent d’autres facteurs menaçants. Baleines, dauphins, oiseaux et cachalots sont en danger.

« WWF tire la sonnette d’alarme »

Selon le dernier rapport de l’ONG, la mer Méditerranée se révèle être la mer la plus polluée au monde, et ce, en raison du nombre incalculable de déchets qui y sont déversés. D’un côté, la mer est un écrin magnifique, car elle dispose d’un réservoir de biodiversité qui abrite 1/10e des espèces marines de la planète. De l’autre côté, elle est une mer fermée, qui concentre les polluants : hydrocarbures, rejets industriels, et déchets plastiques.

« Entre 21% et 54% des particules micro-plastiques dans le monde sont dans le bassin méditerranéen« , notamment dans les zones les plus urbanisées et touristiques. Une situation illustrée par les nombreux récipients plastiques géants que l’ONG a jeté symboliquement dans les eaux des îles Baléares.

80% de la pollution en Méditerranée provient des pays qui l’entourent. Le boom démographique et la littoralisation placent son écosystème sous pression. La population des pays méditerranéens a doublé, passant de 240 millions en 1960 à 480 millions en 2010 explique Didier Sauzade, responsable du programme mer à l’Institut européen de la Méditerranée.

« Le tourisme en cause »

D’après le rapport de WWF, 130 000 tonnes de microplastique finissent chaque année dans la grande bleue. Le bassin abrite 150 millions de personnes et attire 200 millions de touristes par an. Du coup chaque été, 40 % de déchets en plus sont déversés. Et cela, alors que pour se nourrir, les moules et les huîtres trouvent leur nourriture dans les fonds marins… Un consommateur moyen de coquillages en Europe pourrait ingérer jusqu’à 11 000 morceaux de microplastique par an.

La pollution industrielle joue aussi un rôle important. »Chaque année, la Méditerranée reçoit entre             400 000 et 500 000 tonnes de pétrole et résidus huileux« , explique Ricardo Aguilar, directeur scientifique de l’ONG Oceana Europa.

Une situation qui ne cesse de s’aggraver avec la croissance des exploitations pétrolières et de gaz offshore. Ces dernières, d’après WWF, devraient se multiplier par 5 d’ici 2030.

« Une ruée vers l’or bleu »

Cette « ruée vers l’or bleu », pour reprendre la formule de WWF, a un fort impact environnemental.           Au cours des 50 dernières années, la Méditerranée a perdu 41% de ses mammifères marins et 34% de ses poissons. 34% des herbiers de posidonie (plantes à fleurs sous-marines, qui n’existent que dans le bassin méditerranéen) ont été endommagés et plus de 13% des coraux marins sont menacés d’extinction.

L’Initiative Horizon 2020, adoptée par les pays de la région lors de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne met l’accent sur l’organisation de projets locaux, regroupés autour de 3 axes: investissements pour la réduction et prévention de la pollution, renforcement des capacités et examen et surveillance. Cette approche vise à identifier les points chauds de la pollution dans chacun des pays de la région.

« Une nouvelle feuille de route »

Pour sa part, Roland Courteau, sénateur de l’Aude, souligne les clivages entre les deux rives de la Méditerranée. Dans son rapport intitulé « La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l’horizon 2030 », publié en 2016, ce dernier explique que si le Nord est très engagé en matière de lutte contre la pollution, les progrès restent encore très limités au Sud.

L’économie bleue gagne de plus en plus d’adeptes. Le programme SwitchMed Connect, lancé en 2015 par l’Union européenne et les Nations unies, a pour but la construction d’une économie méditerranéenne durable en rassemblant différents acteurs de la région (entrepreneurs, chercheurs, et membres de institutions nationales et régionales). C’est justement dans le cadre de ce programme que l’UpM a présenté sa « recette pour la Méditerranée » en 2015 à Barcelone: « soutenir l’adoption de modèles de consommation et de production durables et d’efficacité des ressources dans la région méditerranéenne« .

Pour Greenpeace, l’une des clés « est le changement de mentalités« . L’ONG recommande ainsi d’interdire l’emballage et les couverts à usage unique et d’augmenter le prix des produits plastiques, afin de « mettre fin à la culture du jetable ». Mais toutes ces bonnes intentions seront-elles suffisantes pour endiguer la catastrophe annoncée?

K.H/..

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